Pourquoi passer au planning chemin de fer ? – Gardez le Lean#3

Depuis quelques années, il est désormais de plus en plus fréquent de voir un drôle de planning tapisser les murs des bases vie. Il n’y a pas si longtemps, le diagramme de Gantt régnait pourtant encore en maître. Il devait notamment sa place aux fameux « On a toujours fait comme ça. »
Seulement voilà, face aux multiples retards et aux pertes de temps plus ou moins expliquées ou explicables devant le client, certains ont commencé à se poser des questions : « Et si le planning utilisé jusqu’à maintenant était la cause des retards de livraison ? »

▶ Le planning ou la partition du chantier

Revenons tout d’abord sur le rôle prépondérant du planning au sein de la gestion d’un projet de construction. En garantissant la faisabilité temporelle du projet et la prise en compte des contraintes, il permet de donner un aperçu clair de ce que seront les prochains mois du chantier. Il est également sensé jouer la carte de la transparence auprès du client, notamment sur la phase de pilotage où il devient le véritable indicateur de l’avancée du chantier. Enfin, dans le cadre des appels d’offres, il est érigé au rang d’avantage concurrentiel, quitte à arrondir les délais à la baisse pour être sûr de présenter une meilleure offre que les concurrents.

▶ Les limites du diagramme de Gantt

Penchons-nous désormais sur la traditionnelle méthode de planification utilisée par les acteurs du BTP. Le diagramme de Gantt a pour but de prendre en compte l’ensemble des contraintes et des tâches à réaliser pour fournir une date de livraison réaliste. On y retrouve également des marqueurs comme l’ensemble des tâches à effectuer, ainsi que leur durée envisagée, les dates phares et la superposition éventuelle des tâches. S’il est tenu régulièrement à jour, une ligne brisée, souvent rouge, symbolisera l’avancement des tâches l’instant T.

C’est justement à travers cette dernière caractéristique que réside l’un des principaux inconvénients du diagramme de Gantt. Il est en effet très difficile de maintenir à jour un tel planning dans la mesure où un changement, même minime, peut engendrer tout un tas de modifications.
Dans le cadre de projets particulièrement imposants, le diagramme de Gantt devient vite illisible de par son nombre de lignes. Il est alors compliqué d’avoir une vue globale de l’avancement du chantier.

Enfin, la principale limite de ce type planning réside dans la non-prise en compte de la dimension géographique d’un chantier. En effet, les barres ne symbolisent que les tâches et leur durée.

▶ Pourquoi passer au planning chemin de fer ?

Avant tout de chose, il est primordial d’adopter une nouvelle façon de travailler. Se diriger vers ce type de planning implique une évolution dans la gestion projet, davantage tournée vers une démarche collaborative. La double dimension géo-temporelle du planning implique également une évolution vers une approche dite « par zone », c’est-à-dire une découpe du chantier par surface de travail. Exactement, comme une pizza ! 🍕

Privilégier une approche « par zone » est un facteur clé de la mise en place du planning chemin de fer.

Un planning chemin de fer ou planning géo-temporel résulte de la conclusion d’ateliers de travail auxquels les parties prenantes du chantier sont conviés. Le but de ces séances est d’imaginer la meilleure succession des tâches possibles. En procédant de cette manière, le planning réalisé est davantage apte à illustrer la réalité du chantier. Les entreprises conviées en amont, sont dans de meilleures conditions pour s’approprier le planning. Ce n’est plus un planning imposé, c’est un planning choisi !

Au-delà de son aspect collaboratif, le planning chemin de fer s’illustre par son accessibilité. Les clés de lecture sont les suivantes : une colonne représente un jour, une ligne illustre une zone du chantier. La couleur quant à elle désigne une entreprise intervenante sur le chantier. Comme sur le diagramme de Gantt, on retrouve les dates clés, les jalons et la durée des tâches. À la lecture de ce planning, il est possible de savoir qui travaille où, pendant combien de temps, et de qui il dépend.

▶ Un planning géo-temporel

L’intégration de la dimension géographique accroit la visibilité sur l’avancement du chantier et en fait donc un formidable outil de communication lors du pilotage. Au-delà de la transparence qu’il favorise, il permet de simuler ce que telle ou telle décision de la part du client final engendrera sur l’avancée des travaux. C’est en cela qu’il séduira les maîtres d’ouvrage.

Autre aspect plus technique, en se basant sur une représentation par flux, il est désormais plus simple de décortiquer les tâches longues. En découpant une tâche, vous pouvez lui donner un ordre de réalisation et un rythme qui permettront de libérer des zones au sein desquels les autres corps d’état pourront travailler librement. De cette manière, le planning se densifie naturellement.

Un planning chemin de fer est un planning géo-temporel.

Enfin, grâce au planning chemin de fer, il est non seulement possible de faciliter la communication mais aussi la coordination des différents corps d’état. En effet, nous constatons que la plupart des retards sur chantier viennent d’une une coordination défaillante. Cela vient du fait que les entreprises n’avancent pas toutes à la même vitesse et n’ont pas le même besoin en matière de surface. En faisant émerger des séquences de travail aussi répétitives que le nombre de zones l’impose, il sera facile de mettre en lumière les tâches particulièrement longues, également appelées goulots d’étranglement. L’attente qu’elles génèrent sera bien identifiable. Vous pourrez alors prendre les bonnes décisions en discutant avec l’entreprise concernée d’un renfort potentiel des équipes pour revenir dans le rythme souhaité. Vous effectuez alors un premier pas vers l’optimisation de vos délais.

Un outil d’aide à la décision

Pour résumer, ce type de planning est un véritable compagnon sur lequel vous pouvez compter pour vous épauler pendant 12, 24, 36 mois et plus encore s’il le faut. Grâce à lui, vous êtes désormais en capacité d’anticiper les aléas de votre chantier.
Et s’il vous fallait une raison supplémentaire pour passer au planning chemin de fer, un référent Lean nous disait dans le Parlons Lean de mars dernier : « Entre nous, quand on arrive dans la salle, le planning chemin de fer coloré a fière allure à côté du trait rouge du diagramme de Gantt ! »

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